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Du Palais fédéral

Ceux qui épargnent tôt pour leur retraite se retrouvent freinés plus tard

Une disposition légale peu connue a pour conséquence que les versements effectués dans le pilier 3a avant l'âge de 25 ans compliquent les rachats ultérieurs dans la caisse de pension. Le Conseil des États n'a pas souhaité modifier cette situation.

19.06.2026
Temps de lecture: 5 min

Le conseiller aux États vaudois du PLR, Pascal Broulis, souhaitait, par le biais de sa motion 24.4330, amĂ©liorer la prĂ©voyance professionnelle des jeunes salariĂ©s. En vain. La motion a Ă©tĂ© rejetĂ©e lors de la derniĂšre session d’étĂ© du Conseil des États par 31 voix contre 6 et 4 abstentions.

C’est un problĂšme que peu de gens connaissent et qui ne concerne que peu de personnes. Il vaut nĂ©anmoins la peine d’examiner de plus prĂšs cette faille du systĂšme –mĂȘme si la question est pour l’instant Ă©cartĂ©e.

«Je dois dire», a expliquĂ© Erich Ettlin, porte-parole de la commission, au Conseil des États: «J’ai dĂ» lire le texte deux fois, il est relativement compliquĂ© – non pas parce qu’il est rĂ©digĂ© en français Ă  l’origine, mais parce qu’il est trĂšs, trĂšs technique.»

Cet article n’est pas seulement technique, il est Ă©galement superflu. Broulis souhaitait modifier l’article 60a, alinĂ©a 2, de l’OPP 2. Sa formulation Ă  elle seule est une aberration et mĂ©rite donc d’ĂȘtre prĂ©sentĂ©e ici dans un encadrĂ©. En substance, il s’agit du fait que les versements effectuĂ©s dans le pilier 3a avant l’ñge de 25 ans limitent les possibilitĂ©s ultĂ©rieures de rachat dans le pilier 2.

Voici comment cela fonctionne: l’assurance LPP n’est obligatoire qu’à partir de 25 ans. Cependant, il est possible d’effectuer des versements dans le pilier 3a liĂ© dĂšs l’ñge de 18 ans et de les dĂ©duire du revenu imposable. Si, par la suite, une personne effectue des rachats dans sa caisse de retraite Ă  la suite d’une promotion professionnelle et d’une augmentation de salaire, ceux-ci ne sont possibles que de maniĂšre limitĂ©e si des versements ont Ă©tĂ© effectuĂ©s dans le pilier 3a avant l’ñge de 25 ans. Le montant maximal du rachat est rĂ©duit Ă  hauteur de l’avoir du pilier 3a accumulĂ© aprĂšs l’ñge de 24 ans rĂ©volus.

Cette disposition s’applique en rĂ©alitĂ© aux indĂ©pendants. Le lĂ©gislateur a voulu empĂȘcher que les indĂ©pendants disposant d’un patrimoine 3a consĂ©quent puissent, par la suite, effectuer des rachats supplĂ©mentaires Ă  grande Ă©chelle dans le 2e pilier s’ils se font embaucher et deviennent ainsi assurĂ©s Ă  titre obligatoire.

La question de savoir si cette surrĂ©glementation est justifiĂ©e pour les indĂ©pendants reste ouverte. Elle est en tout cas clairement contre-productive pour les salariĂ©s qui ont, dĂšs leur plus jeune Ăąge, fait preuve d’un esprit de prĂ©voyance exemplaire.

L’argument avancĂ© par la conseillĂšre fĂ©dĂ©rale Elisabeth Baume-Schneider, selon lequel moins de 5% des moins de 24 ans cotisent au pilier 3a, n’est donc guĂšre convaincant.

L’ironie de l’histoire : chers moins de 24 ans, oubliez le pilier 3a. Vous n’en subirez que les consĂ©quences plus tard.

Le travail de soins n’a pas sa place dans la LPP

Une autre motion qui figurait Ă  l’ordre du jour de la session d’étĂ© est Ă©galement tombĂ©e Ă  l’eau : la motion 24.3920 de Mathilde Crevoisier Crelier visant Ă  prendre en compte le travail de soins Ă©galement dans le 2e pilier. La conseillĂšre aux États PS du canton du Jura souhaitait introduire dans la LPP des bonifications de soins liĂ©es au revenu. Elles devaient ĂȘtre plus Ă©levĂ©es pour les faibles revenus et diminuer proportionnellement Ă  l’augmentation du revenu. Elles devaient ĂȘtre financĂ©es par le fonds de garantie.

Mathilde Crevoisier Crelier a retirĂ© sa motion avant le dĂ©bat – non sans saisir l’occasion de faire des «constats dramatiques». Selon elle, l’écart de revenu entre les femmes et les hommes, aprĂšs une seule carriĂšre professionnelle, s’élĂšve en moyenne Ă  16%. En revanche, pour les rentes de vieillesse, cet Ă©cart atteint 31%.

«Cet Ă©cart de revenu est entiĂšrement imputable Ă  la prĂ©voyance professionnelle», a dĂ©clarĂ© la Jurassienne. Au niveau de l’AVS, la diffĂ©rence entre les femmes et les hommes est pratiquement nulle. Elle a retirĂ© cette motion au profit des autres projets de rĂ©forme – dans l’espoir que la prochaine rĂ©forme contribue effectivement Ă  rĂ©duire l’écart entre les hommes et les femmes dans la prĂ©voyance professionnelle.

Continuer à travailler à titre volontaire – jusqu’à quand ?

Comme indiquĂ©, la Berne fĂ©dĂ©rale s’efforce d’encourager la poursuite volontaire de l’activitĂ© professionnelle aprĂšs avoir atteint l’ñge ordinaire de la retraite. Cela nous amĂšne Ă  la motion 25.3424, dĂ©posĂ©e en avril 2025 par la commission consultative du Conseil des États. Les personnes qui travaillent au-delĂ  de l’ñge ordinaire de la retraite devraient ĂȘtre rĂ©compensĂ©es par des majorations plus Ă©levĂ©es. Celles qui prennent leur retraite avant l’ñge de l’AVS devraient, en fonction du nombre d’annĂ©es d’activitĂ©, accepter un taux de rĂ©duction plus Ă©levĂ©.

À peine dĂ©posĂ©e, la motion a Ă©tĂ© adoptĂ©e Ă  l’unanimitĂ© par le Conseil des États il y a un an. Cela n’a toutefois pas empĂȘchĂ© le Conseil national de modifier le projet lors de la session d’hiver. L’objectif est restĂ© le mĂȘme, mais c’est sur la maniĂšre d’y parvenir qu’il a créé une divergence: la motion devait ĂȘtre mise en Ɠuvre indĂ©pendamment de la rĂ©forme de l’AVS 2030.

Le Conseil des États estime quant Ă  lui que ce n’est pas une bonne idĂ©e. Lors de la session de printemps 2026, Damian MĂŒller, conseiller aux États du PLR, a dĂ©clarĂ©: «Oui, nous voulons rapidement de meilleures incitations et nous voulons encourager la poursuite de l’activitĂ© professionnelle. Mais nous ne voulons pas imposer au Conseil fĂ©dĂ©ral d’agir impĂ©rativement en dehors du cadre de la rĂ©forme de l’AVS 2030.» Le Conseil des États s’en est donc tenu Ă  sa version.

En consĂ©quence, le Conseil national a dĂ» dĂ©battre Ă  nouveau de cette question lors de la derniĂšre session d’étĂ©, mais il a cette fois suivi le Conseil des États et optĂ© pour la version initiale. On aurait pu gagner du temps si le Conseil national avait suivi la proposition du Conseil des États dĂšs la session d’hiver. Mais le temps ne semble pas jouer de rĂŽle dans ce dossier: 15 ans se sont Ă©coulĂ©s depuis que Johann Schneider-Ammann, alors conseiller fĂ©dĂ©ral PLR, a lancĂ© l’initiative sur la main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e lors du Swiss Economic Forum 2011 Ă  Interlaken.

Quoi qu’il en soit, ce sujet cadrait bien avec le climat qui rĂ©gnait aprĂšs le rejet de l’initiative «Suisse Ă  10 millions» de l’UDC. Certains estiment que des mesures incitatives visant Ă  encourager la poursuite de l’activitĂ© professionnelle permettraient d’attĂ©nuer la pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e.

Mais une fois ces mesures mises en place, y aura-t-il encore quelqu’un pour parler de pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e ? «Ce que l’intelligence artificielle nous rĂ©serve sera dramatique», a dĂ©clarĂ© Ruedi Noser dans une interview accordĂ©e Ă  la SonntagsZeitung. L’augmentation de la productivitĂ© grĂące Ă  l’IA serait indĂ©niable. Ce Zurichois Ă  l’accent de Glaris a siĂ©gĂ© au Parlement fĂ©dĂ©ral de 2003 Ă  2023. Cet entrepreneur du secteur informatique a Ă©galement dĂ©clarĂ© dans l’interview: «Il se peut trĂšs bien qu’aujourd’hui, avec nos 700 collaborateurs, nous soyons plus performants qu’il y a dix ans avec 1000 ou 1200 personnes.»

Article 60a, alinéa 2, de l’OPP 2

Le montant maximal de la somme de rachat est rĂ©duit d’un avoir dans le pilier 3a, dans la mesure oĂč la somme capitalisĂ©e des cotisations annuelles dĂ©ductibles du revenu au titre de l’article 7, alinĂ©a 1, lettre a, de l’ordonnance du 13 novembre 1985ÂČÂČ⁔ sur la dĂ©ductibilitĂ© fiscale des cotisations versĂ©es Ă  des formes de prĂ©voyance reconnues dĂ©passe, Ă  partir de l’ñge de 24 ans rĂ©volus, le montant maximal des cotisations dĂ©ductibles. Pour le calcul des intĂ©rĂȘts, on applique les taux d’intĂ©rĂȘt minimaux LPP en vigueur.