Les caisses de pensions investissent à long terme et de manière diversifiée. Les prescriptions de placement de l’OPP2 limitent encore davantage les risques: par exemple, la part maximale d’actions est fixée à 50%, et seules quelques caisses de pensions affichent une part d’actions aussi élevée. Comme il est très rare que toutes les catégories de placement perdent de la valeur simultanément, les fluctuations s’équilibrent en partie. Néanmoins, plus la part d’actions d’une caisse de pensions est élevée, plus il faut s’attendre à des fluctuations de valeur importantes.
Réserves de fluctuation de valeur: un premier tampon
Après un krach boursier, la fortune d’une caisse de pensions diminue, et avec elle son degré de couverture. La plupart des caisses de pensions disposent toutefois de réserves cibles pour fluctuations de valeur d’environ 15 à 20%, constituées précisément pour faire face à de telles situations. Elles servent à amortir même les chutes de cours les plus marquées sans qu’il y ait de déficit de couverture.
Un degré de couverture de 100% signifie que l’actif disponible est suffisant pour couvrir l’ensemble des engagements. Si le marché boursier recule de 25%, cela correspond, avec une part d’actions de 40%, à une perte d’actif d’environ 10%, dans l’hypothèse où les autres placements ne génèrent aucun rendement. Si une caisse de pensions démarre avec un degré de couverture de 120%, il lui restera, malgré cette baisse, un degré de couverture de 108%. Les réserves de fluctuation de valeur remplissent ainsi parfaitement leur fonction: elles amortissent les pertes du marché sans qu’il soit nécessaire de prendre immédiatement des mesures d’assainissement.
Comportement d’investissement anticyclique
Les caisses de pensions suivent une stratégie d’investissement à long terme. Après une baisse boursière, elles rachètent souvent des actions afin de revenir à leur allocation stratégique cible.
Cette approche systématique et anticyclique se distingue du comportement de nombreux investisseurs privés, qui vendent après des baisses de cours et ne reviennent sur le marché qu’après une reprise. Historiquement, les marchés financiers se sont toujours redressés après chaque chute importante.
Le rĂ´le du conseil de fondation
Après une baisse boursière, le conseil de fondation examine le degré de couverture, les réserves financières, la capacité de risque de la caisse de pensions ainsi que le respect des dispositions légales. D’après mon expérience, il n’y a dans la plupart des cas pas de nécessité d’agir dans l’immédiat. Souvent, cependant, des projets stratégiques – tels que l’amélioration des prestations – sont temporairement reportés jusqu’à ce que le degré de couverture se soit redressé ou que la stratégie d’investissement ait été réexaminée dans le cadre d’une étude de gestion actif-passif (étude ALM).
Conséquences sur l’avoir de vieillesse
Un krach boursier ne réduit pas directement l’avoir de vieillesse personnel. Celui-ci est rémunéré chaque année au taux d’intérêt fixé par le conseil de fondation. Les fluctuations des cours ont donc un impact sur le degré de couverture de la caisse de pensions, et non sur le capital d’épargne individuel. Ce n’est qu’au cours des années suivantes qu’un krach boursier peut se faire sentir indirectement, par le biais d’une rémunération plus faible.
Pour les retraités, les krachs boursiers n’ont pas d’impact immédiat sur les rentes en cours, car le risque de placement est supporté par les assurés actifs et les employeurs: les rentes sont garanties et ne peuvent pas être réduites.
Le déficit de couverture: un cas exceptionnel
Si le degré de couverture tombe néanmoins en dessous de 100%, on parle alors de sous-couverture. Cela ne signifie pas pour autant qu’une caisse de pensions est insolvable. Souvent, la situation s’améliore avec la reprise des marchés financiers ou grâce à de futurs rendements des placements.
Ce n’est que lorsque le déficit de couverture est important ou persistant que des mesures prévues par la loi, telles qu’une rémunération inférieure au taux d’intérêt minimal LPP, des cotisations d’assainissement de la part des employeurs et des assurés ou une réduction des risques de placement, peuvent s’avérer nécessaires.
Conclusion
Les krachs boursiers font partie intégrante des marchés financiers et peuvent peser temporairement sur la situation financière d’une caisse de pensions. Grâce aux réserves de fluctuation de valeur, à une stratégie de placement largement diversifiée, à une gestion de fortune professionnelle et à des dispositions légales claires, les caisses de pensions sont toutefois conçues pour surmonter même les phases de marché difficiles. Du point de vue de l’assuré, ses placements dans la caisse de pensions constituent un investissement très sûr.
Qu’advient-il de mon épargne pensions en cas de krach boursier?