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Assez d’individualisation et de flexibilisation

L’article définissant l’objet de la LPP (art. 1 al. 1) est clair: «La prévoyance professionnelle comprend toutes les mesures prises sur une base collective qui, en cas de survenance d’un événement assuré (vieillesse, décès ou invalidité), permettent aux personnes âgées, aux survivants et aux invalides, conjointement avec les prestations de l’assurance vieillesse, survivants et invalidité fédérale (AVS/AI), de maintenir de manière appropriée leur niveau de vie habituel.» Pour que tout le monde le retienne: «collectif» est le contraire d’«individuel». Et l’avantage de la collectivité réside dans un meilleur tarif. En effet, elle répartit les risques entre tous plutôt que sur quelques­uns.

17.08.2026
Temps de lecture: 3 min

Bien sĂ»r, l’auteur sait qu’outre le minimum lĂ©gal, il existe Ă©galement un rĂ©gime surobligatoire qui accorde de nombreuses libertĂ©s  rĂ©glementaires.  NĂ©anmoins: pourquoi faut­il dĂ©cliner Ă  l’infini ces exercices d’individualisation et de flexibilisation parfois puĂ©rils? Parce qu’ils rĂ©pondent Ă  un rĂ©el besoin des assurĂ©s? Certainement pas. Comme souvent, c’est l’offre qui dĂ©termine la demande, et non l’inverse.

 

Prenons l’exemple des modèles de rente flexibles: la BVK, par exemple, a fait la promotion de ses modèles de rente avec beaucoup de retentissement mĂ©diatique. Elle argue que le principe de collectivitĂ© ne s’applique qu’à la pĂ©riode d’activitĂ©, et non plus Ă  partir du moment de la retraite. Ce qui est totalement faux, comme indiquĂ© plus haut. Si tous les assurĂ©s trouvent et choisissent le modèle qui leur convient individuellement, le principe de collectivitĂ© s’en trouve sapĂ©. Au final, l’assurance deviendra plus chère pour tout le monde,  bravo.  Il  serait  plus  honnĂŞte d’orienter d’emblĂ©e les nouveaux retraitĂ©s vers l’assurance individuelle auprès d’assureurs privĂ©s.

 

Exemple des solutions 1e: la publicité uti- lise des slogans tels que: «Vous choisis- sez la stratégie de placement. Vous n’avez à partager les bénéfices avec personne.» On passe délibérément sous silence le fait qu’il n’est pas non plus nécessaire de partager les pertes. Liberté de choix, mon œil: on est d’abord assuré de force au- près d’un prestataire 1e, puis on peut choisir sa stratégie de placement. Pour les personnes plus âgées qui sont sur le point de prendre leur retraite, les straté- gies de placement axées sur les actions ne devraient guère entrer en ligne de compte en raison de l’horizon de placement restreint.

 

Le moment du versement pose de toute façon problème; c’est pourquoi la motion Dittli (21.4142) vise, par une modifica- tion de la LFLP, Ă  offrir aux assurĂ©s la possibilitĂ© de reporter le versement de deux ans en cas de sortie. C’est typique: on met quelque chose en place, puis les problèmes surgissent. Sans parler de la complexitĂ© pratique du transfert de ces fonds lors d’un changement de caisse de pensions.  La  nouvelle  directive  de  la CHS PP en est la preuve. Ni cette directive ni la motion n’auraient Ă©tĂ© nĂ©cessaires si les plans 1e n’avaient jamais Ă©tĂ© intro- duits. Les solutions 1e ne gèrent qu’à peine 1% de l’ensemble des avoirs de prĂ©voyance, alors qu’elles pourraient en gĂ©rer environ 15%. En somme, un Ă©chec total. Pourtant, on continue Ă  en faire une promotion effrĂ©nĂ©e. Pourquoi l’UBS propose­t­elle des solutions 1e Ă  ses clients entreprises, mais pas Ă  son propre personnel dans sa propre caisse de pensions?

 

Ă€ propos de l’UBS: celle­ci vient de publier «une nouvelle stratĂ©gie de prĂ©voyance». «Une rĂ©flexion sur un système de prĂ©voyance plus durable», peut­on lire modestement dans le sous­titre. Ă€ juste titre, car l’UBS n’ira pas bien loin avec cela. Dans un premier temps, elle laisse entrevoir quelques avantages pour les petits salariĂ©s: leurs prestations devraient ĂŞtre amĂ©liorĂ©es. Et l’État devrait assumer des garanties. Dans le 2e pilier, comme on pouvait s’y attendre, le choix du prestataire et de la stratĂ©gie d’investissement devrait ĂŞtre libre. Mais le cĹ“ur de cette rĂ©flexion thĂ©orique rĂ©side dans le remplacement de l’AVS, financĂ©e par rĂ©partition, par un 1er  pilier Ă©galement financĂ© par capitalisation. De quoi faire briller les yeux des banquiers, bien sĂ»r. Aux 1300  milliards de francs actuellement investis dans le 2e pilier s’ajouteraient alors rapidement 2000  milliards supplĂ©mentaires si l’on souhaite capitaliser les prestations de l’AVS.

 

D’autres mesures, bien diffĂ©rentes, seraient nĂ©cessaires et prioritaires, comme l’interdiction des bĂ©nĂ©fices privĂ©s dans le 2e  pilier et, par consĂ©quent, l’exclusion des prestataires Ă  but lucratif. Dans ce contexte, il faudrait Ă©tablir de nouvelles règles du jeu claires pour les courtiers afin d’éviter les incitations inopportunes. Il faudrait Ă©galement promouvoir davantage les caisses autonomes, gĂ©rĂ©es de manière vĂ©ritablement paritaire, et, par lĂ  mĂŞme, revenir aux avantages de la collectivitĂ©.