«La prévoyance professionnelle est clairement le héros sous-estimé de la prévoyance vieillesse»
Barbara Zimmermann-Gerster voit dans le système de retraite des parallèles avec un film d'action riche en tensions.
Continuez à lireElisabeth Glättli dans le cadre de l’entretien d’été, à propos du lien entre la rigueur juridique et les réalités humaines, de l’importance de l’expérience et de l’enthousiasme, ainsi que du défi de rendre la prévoyance professionnelle attrayante pour les générations futures.

Dans notre série d’interviews estivales de cette année, nous abordons le thème de la musique avec des acteurs du 2e pilier.
Quels parallèles voyez-vous entre le yodel et votre métier d’avocate et de conseillère juridique ?
J’en vois plusieurs. Le yodel repose sur l’alternance entre la voix de poitrine et la voix de tête – un changement de registre que je vis aussi dans mon travail quotidien : entre les textes de loi et les réalités de la vie, entre les formalités juridiques et les personnes qui se trouvent derrière. Dans les deux cas, ce sont d’ailleurs l’expérience
et la réflexion constante qui permettent d’arriver à une certaine maîtrise. Et enfin, le yodel doit être source de joie. C’est cela que je souhaite aussi dans mon travail : malgré certaines décisions difficiles et pas toujours bien accueillies dans le 2e pilier, cette grande conquête devrait toujours faire résonner un sentiment de joie.
Si quelqu’un écrivait un chant de yodel sur le 2e pilier, quel pourrait être son titre ?
Sûrement « Le yodel des rentes ».
Quelle musique vous accompagne lorsque vous traitez des cas juridiques complexes – et qu’est-ce qui vous aide à vous détendre après un procès perdu ?
Même dans les cas complexes, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel. La musique peut parfois aider, avec une pause qui permet de prendre un peu de recul. Mais lorsque je travaille sur des dossiers exigeants, j’écoute peu ou pas de musique. Si l’issue d’un procès n’est pas celle souhaitée, il importe de garder la tête froide : pourquoi les choses ont-elles mal tourné ? Où réside la cause, dans les faits ou dans le droit ? Et qu’implique le jugement pour ce cas et pour d’autres ? Ces questions exigent de prendre une certaine distance. Il est souvent bon de se déconnecter dans un premier temps, de mettre ses premières émotions de côté et de faire quelque chose de complètement différent, comme le yodel par exemple.
Les clubs de yodel et les conseils de fondation sont souvent confrontés au même problème : l’âge moyen augmente et la relève fait défaut. Que leur conseillez-vous ?
Il est certainement utile d’aller à la rencontre des jeunes
et de leur montrer ce qui est beau, intéressant et important pour eux dans notre activité – mais aussi de susciter leur enthousiasme et de montrer soi-même l’exemple. C’est formidable quand les jeunes ou les débutants peuvent être impliqués dès le début dans certaines tâches, d’une manière ou d’une autre. De plus, la relève ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut donc y penser tôt, et dans l’idéal de manière constante, afin de poser les bons jalons.
Dans quels domaines de la prévoyance professionnelle observez-vous une collaboration harmonieuse – et où y a-t-il des fausses notes ?
La collaboration est harmonieuse dans les échanges fructueux au sein du conseil de fondation paritaire, même si tout le monde n’est pas du même avis. Pour moi, les fausses notes se trouvent dans un taux de conversion qui n’est plus adapté à l’allongement de l’espérance de vie, dans la redistribution des fonds de prévoyance des actifs vers les retraités, ou encore lorsque les réformes s’enlisent en raison d’un dialogue de sourds, d’une mauvaise compréhension de la prévoyance professionnelle ou d’un manque de volonté de prendre les choses en main.
Le yodel est une tradition. Selon vous, quelles traditions ont de l’avenir dans le 2e pilier, et lesquelles devraient être abandonnées ?
Le fait que chacun constitue son propre capital-vieillesse est certainement un avantage précieux, surtout en cette période de vieillissement démographique. La gestion paritaire doit aussi être maintenue. La couverture en cas de décès et d’invalidité est également un élément important de la prévoyance professionnelle. En revanche, il faudrait abandonner les paramètres rigides qui sont figés dans la loi. La déduction de coordination fixe et le seuil d’entrée doivent également être réexaminés.
La maîtrise vient avec l’expérience et la réflexion constante.