Le résultat aujourd’hui est positif. Les taux de couverture sont satisfaisants, les réserves de fluctuation de valeur ont été largement constituées et la capacité à absorber des chocs financiers est généralement bonne. En d’autres termes, le 2e pilier est robuste.
Cette robustesse constitue évidemment une excellente nouvelle. Le fonctionnement vertueux de toute institution financière ou d’assurance repose sur la confiance et il ne peut y avoir de confiance sans sécurité. Cette condition nécessaire n’est pourtant pas suffisante si elle se renforce au détriment de l’attractivité. Car la finalité du 2e pilier n’est pas seulement de préserver les avoirs et de satisfaire des minima. Elle consiste avant tout à fournir les meilleures prestations possibles aux meilleures conditions possibles. La capitalisation collective distingue la prévoyance professionnelle des autres piliers puisqu’elle permet la participation du tiers cotisant tout en offrant une certaine immunité conjoncturelle aux assurés. Ce système rend possible le financement d’un revenu de remplacement approprié à la retraite, à des coûts supportables tant pour les assurés que pour les employeurs.
Or, les évolutions observées ces vingt dernières années conduisent à privilégier la réduction des risques. Cette approche est compréhensible, mais elle comporte également un coût. À force de rechercher la protection maximale, on risque de renoncer à une partie du potentiel de rendement qui permet précisément d’améliorer les prestations futures. Or, le niveau des prestations est un élément non moins essentiel pour inspirer la confiance et l’attachement des assurés
Cette situation s’explique en partie par la gouvernance du système. Les membres des conseils de fondation assument une responsabilitĂ© importante, tant sur le plan juridique que rĂ©putationnel, et rĂ©pondent solidairement sur leur fortune privĂ©e. Si les dĂ©cideurs agissent avant tout pour minimiser leur propre exposition au risque, leurs intĂ©rĂŞts ne coĂŻncident pas entièrement avec ceux des assurĂ©s. On observe aujourd’hui une prĂ©sence accrue de membres externes et de consultants qui, conjuguĂ©e Ă la multiÂplication de normes et directives, rĂ©duit la propension au risque — lĂ oĂą, dans l’ère des caisses propres Ă l’entreprise, l’appartenance personnelle au collectif assurĂ© tempĂ©rait cette prudence. Paradoxalement, ce sont les caisses avec la meilleure capacitĂ© de risque qui renoncent parfois Ă l’utiliser. Ce biais en faveur de la prudence n’est pas forcĂ©ment optimal pour les destinataires de la prĂ©voyance.
Le véritable enjeu pour les années à venir n’est donc probablement plus d’augmenter encore le niveau de sécurité d’un système qui a démontré sa solidité. Il consiste plutôt à retrouver un équilibre plus juste entre sécurité et performance. Les assurés ont besoin de garanties, mais ils ont également besoin de perspectives.
L’attractivité du 2e pilier dépendra de sa capacité à générer des prestations convaincantes. Pour y parvenir, il faudra rouvrir le débat sur l’utilisation de la capacité de risque disponible, sur les incitations auxquelles sont soumis les organes de gouvernance et sur la place accordée au tiers cotisant. Des pistes existent: la publication d’un tarif de reprise d’effectifs de rentiers par le fonds de garantie offrirait aux conseils de fondation une forme de taux technique minimum sans risque de poursuites. La refonte des dispositions de l’OPP2 sur les placements permettrait par ailleurs de réajuster le curseur en faveur d’un rendement accru.
Après deux décennies consacrées à renforcer la sécurité, le moment est peut-être venu de redonner davantage d’importance à l’attractivité. Dans un paysage de prévoyance où le 1er pilier fait valoir sa solidarité et où le troisième séduit par sa liberté, le deuxième ne peut s’imposer sur la seule force de l’obligation: c’est par la qualité de ses prestations qu’il gagnera — ou regagnera — l’affection de ceux qui lui confient leur avenir.
Un pilier sûr, mais en manque d’amour