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Un pilier sûr, mais en manque d’amour

Depuis le début du siècle, le système de prévoyance professionnelle a traversé plusieurs tempêtes, dont la crise financière de 2007–2008 et les années de taux d’intérêt négatifs. Face à ces défis, les institutions de prévoyance ont réagi en renforçant continuellement leur niveau de sécurité.

06.07.2026
Temps de lecture: 3 min

Le rĂ©sultat aujourd’hui est positif. Les taux de couverture sont satisfaisants, les rĂ©serves de fluctuation de valeur ont Ă©tĂ© largement constituĂ©es et la capacitĂ© Ă  absorber des chocs financiers est gĂ©nĂ©ralement bonne. En d’autres termes, le 2e pilier est robuste.

Cette robustesse constitue Ă©videmment une excellente nouvelle. Le fonctionnement vertueux de toute institution financière ou d’assurance repose sur la confiance et il ne peut y avoir de confiance sans sĂ©curitĂ©. Cette condition nĂ©cessaire n’est pourtant pas suffisante si elle se renforce au dĂ©triment de l’attractivitĂ©. Car la finalitĂ© du 2e pilier n’est pas seulement de prĂ©server les avoirs et de satisfaire des minima. Elle consiste avant tout Ă  fournir les meilleures prestations possibles aux meilleures conditions possibles. La capitalisation collective distingue la prĂ©voyance professionnelle des autres piliers puisqu’elle permet la participation du tiers cotisant tout en offrant une certaine immunitĂ© conjoncturelle aux assurĂ©s. Ce système rend possible le financement d’un revenu de remplacement appropriĂ© Ă  la retraite, Ă  des coĂ»ts supportables tant pour les assurĂ©s que pour les employeurs.

Or, les évolutions observées ces vingt dernières années conduisent à privilégier la réduction des risques. Cette approche est compréhensible, mais elle comporte également un coût. À force de rechercher la protection maximale, on risque de renoncer à une partie du potentiel de rendement qui permet précisément d’améliorer les prestations futures. Or, le niveau des prestations est un élément non moins essentiel pour inspirer la confiance et l’attachement des assurés

Cette situation s’explique en partie par la gouvernance du système. Les membres des conseils de fondation assument une responsabilité importante, tant sur le plan juridique que réputationnel, et répondent solidairement sur leur fortune privée. Si les décideurs agissent avant tout pour minimiser leur propre exposition au risque, leurs intérêts ne coïncident pas entièrement avec ceux des assurés. On observe aujourd’hui une présence accrue de membres externes et de consultants qui, conjuguée à la multi­plication de normes et directives, réduit la propension au risque — là où, dans l’ère des caisses propres à l’entreprise, l’appartenance personnelle au collectif assuré tempérait cette prudence. Paradoxalement, ce sont les caisses avec la meilleure capacité de risque qui renoncent parfois à l’utiliser. Ce biais en faveur de la prudence n’est pas forcément optimal pour les destinataires de la prévoyance.

Le véritable enjeu pour les années à venir n’est donc probablement plus d’augmenter encore le niveau de sécurité d’un système qui a démontré sa solidité. Il consiste plutôt à retrouver un équilibre plus juste entre sécurité et performance. Les assurés ont besoin de garanties, mais ils ont également besoin de perspectives.

L’attractivitĂ© du 2e pilier dĂ©pendra de sa capacitĂ© Ă  gĂ©nĂ©rer des prestations convaincantes. Pour y parvenir, il faudra rouvrir le dĂ©bat sur l’utilisation de la capacitĂ© de risque disponible, sur les incitations auxquelles sont soumis les organes de gouvernance et sur la place accordĂ©e au tiers cotisant. Des pistes existent: la publication d’un tarif de reprise d’effectifs de rentiers par le fonds de garantie offrirait aux conseils de fondation une forme de taux technique minimum sans risque de poursuites. La refonte des dispositions de l’OPP2 sur les placements permettrait par ailleurs de rĂ©ajuster le curseur en faveur d’un rendement accru.

Après deux dĂ©cennies consacrĂ©es Ă  renforcer la sĂ©curitĂ©, le moment est peut-ĂŞtre venu de redonner davantage d’importance Ă  l’attractivitĂ©. Dans un paysage de prĂ©voyance oĂą le 1er pilier fait valoir sa solidaritĂ© et oĂą le troisième sĂ©duit par sa libertĂ©, le deuxième ne peut s’imposer sur la seule force de l’obligation: c’est par la qualitĂ© de ses prestations qu’il gagnera — ou regagnera — l’affection de ceux qui lui confient leur avenir.

Après deux décennies consacrées à renforcer la sécurité, le moment est peut-être venu
de ­redonner davantage d’importance
à ­l’attractivité.