L’influence des juges
Les arrêts rendus par les plus hautes instances judiciaires ont également joué un rôle important dans l’élaboration de la LPP. Ils ont permis de corriger ou de clarifier des situations peu claires ou initialement incertaines dans leur application. On pense notamment à la rectification selon laquelle les prestations de risque LPP doivent être versées non seulement en cas de maladie, mais aussi en cas d’accident. En outre, des principes spécifiques ont été établis pour l’évaluation des cas d’invalidité, qui s’appliquent désormais de manière globale (par exemple, le lien temporel et matériel).
Au vu des nombreuses modifications et adaptations apportées à la législation et à la jurisprudence, deux constatations s’imposent: l’étendue et la complexité – surtout pour les praticiens – ont considérablement augmenté au fil des ans. En revanche, l’idée collective de la prévoyance professionnelle a été de plus en plus relativisée par des dispositions individuelles. Cela se manifeste notamment dans les domaines suivants: liberté de choix du type de prestation, de l’étendue des prestations (retraite partielle) et du moment de la perception des prestations, versement en espèces de la prestation de libre passage, possibilités spécifiques en matière d’encouragement à la propriété du logement, répartition des avoirs de vieillesse en cas de divorce, pouvoir de décision en matière de placements (plans de prévoyance 1e).
Le patchwork face à l’engorgement des réformes
Si l’on examine la révision d’autres lois fédérales ainsi que la jurisprudence, on se rend compte à quel point il était difficile pour les responsables des caisses de pensions de répondre aux besoins d’adaptation, tant sur le plan du contenu que sur celui du calendrier. La question principale était de savoir si les dispositions devaient être mises en oeuvre en vertu de la loi ou si l’adaptation était facultative. Il n’est pas toujours facile de répondre à cette question, qui permet de déterminer s’il s’agit de normes contraignantes (obligatoires) ou facultatives (surobligatoires).
La crise financière qui a débuté en 2007 a posé un défi particulier aux acteurs du 2e pilier, notamment parce que les degrés de couverture des caisses de pensions ont brusquement diminué, voire se sont effondrés. En cette période, non seulement les responsables des caisses de pensions ont été appelés à assumer leurs responsabilités, mais aussi les organes de révision, les experts en caisses de pensions et les autorités de surveillance. De plus, les assurés et les employeurs ont souvent été confrontés à des contributions d’assainissement.
Les caisses de pensions ont dû s’adapter, notamment en ce qui concerne les documents requis, en particulier les règlements des caisses de pensions, et principalement le règlement des prestations. Au début de la LPP, c’était le seul règlement dont chaque caisse de pensions devait disposer. Aujourd’hui, chaque institution de prévoyance doit également disposer de règlements sur les placements, l’organisation, la liquidation partielle et les provisions. En outre, des formulaires et des notices doivent être rédigés pour de nombreuses opérations (par exemple, rachats, encouragement à la propriété du logement, sortie, retraite).
Un mouvement perpétuel
Il va de soi que les mutations correspondantes doivent pouvoir être traitées électroniquement dans le respect de la législation. Pour cela, un système de gestion électronique fiable est indispensable.
Comme nous l’avons vu, la complexité de la prévoyance professionnelle n’a cessé d’augmenter depuis la création de la LPP. Les organes concernés, en particulier les membres de la direction et du conseil de fondation, doivent donc se former en permanence afin de pouvoir relever les défis importants qui se présentent.
Enfin, il est clair qu’avec l’âge, les coûts liés à la mise en oeuvre de la prévoyance professionnelle ont également augmenté de manière constante.
Au fil des ans, la loi, autrefois facile à appliquer, est devenue un monstre bureaucratique en raison des nombreuses nouvelles dispositions. D’autres réformes de la prévoyance vieillesse (taux de conversion réaliste, etc.) ont jusqu’à présent échoué dans les urnes.
Comment une loi pratique est devenue un monstre