Le Finlandais Matti Leppälä, secrétaire général et PDG de Pensions Europe, l’équivalent européen de l’ASIP, avait été invité à prononcer le discours d’ouverture. Son intervention faisait référence à l’étude Mercer «Global Pension Index 2025». Celle-ci passait au crible les systèmes de retraite de 52 pays à travers le monde, de A comme Argentine à V comme Vietnam. Secrètement, j’espérais déjà voir la Suisse monter sur le podium. Mais loin s’en faut.
La Suisse ne figure ni dans le top 10, ni n’a obtenu la note A ou B+. Devant la Suisse se placent les Pays-Bas, l’Islande, le Danemark, Singapour, Israël (note A) ainsi que la Suède, l’Australie, le Chili, la Finlande et la Norvège (note B+). Avec la note B, la Suisse n’occupe que la onzième place. S’il existait une Coupe du monde de la prévoyance, nous ne nous serions pas qualifiés pour les quarts de finale – contrairement à nos footballeurs.
Je dois avouer que je ne connaissais pas cette étude jusqu’à la date fatidique, j’ai donc voulu savoir depuis quand elle existait et comment la Suisse avait évolué au fil des ans. Comme je le craignais, la Suisse a progressivement reculé dans le classement depuis 2009. Au début, nous étions encore vice-champions du monde, battus de justesse par les Pays-Bas.
Revenons à l’étude actuelle. La note attribuée à l’adéquation, qui représente la part la plus importante avec 40% et où la Suisse occupe la piètre 26e place, est peu flatteuse. Dans cette étude, l’adéquation englobe le niveau de performance, la conception du système de prévoyance ainsi que la prise en compte de la prévoyance vieillesse privée et publique. Autrement dit, précisément les éléments qui devraient en réalité rendre le modèle suisse des trois piliers imbattable.
On pourrait se faciliter la tâche et dénigrer cette étude. Et oui, il y a bel et bien des conclusions avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Par exemple, les auteurs semblent ne pas avoir compris notre fédéralisme. Je doute en tout cas qu’une consolidation accrue du marché des caisses de pensions puisse, en soi, permette d’améliorer l’efficacité de la prévoyance vieillesse suisse. Ce point n’est toutefois pas le clou de l’étude.
Au lieu de s’apitoyer sur notre sort ou de dénigrer les autres, il vaut mieux jeter un regard intéressé de l’autre côté de la frontière et apprendre des meilleurs. Pourquoi les pays notés «A» sont-ils classés comme des systèmes robustes offrant de bonnes prestations, une grande durabilité et une grande intégrité, tandis que la Suisse est tout juste considérée comme un système doté d’une structure solide et de bonnes caractéristiques? Et pourquoi la Suisse s’engage-t-elle depuis des années dans la mauvaise direction?
Les Oranje, champions du monde de la prévoyance d’hier comme d’aujourd’hui, ont réussi, contrairement à la Suisse, à renouveler en permanence leur système de prévoyance ces dernières années. La gauche et la droite se sont mises d’accord et ont négocié des conventions collectives de branche et des conventions collectives de travail raisonnables. L’AOW (l’équivalent de l’AVS) prévoit actuellement un âge de référence de 67 ans (qui passera à 67 ans et 3 mois à partir de 2028), pouvant être ajusté tous les 5 ans en fonction de l’espérance de vie effective. Les prestations doivent obligatoirement être perçues sous forme de rente; ce n’est qu’à partir du 1er janvier 2029 qu’un versement en capital d’un montant maximal de 10% (oui: dix pour cent) sera introduit.
Que faut-il donc faire pour que la Suisse figure à nouveau parmi les huit meilleurs pays au classement mondial de la prévoyance?
Que diriez-vous, par exemple, si la gauche donnait enfin son feu vert à un ajustement de l’âge de référence fixe de 65 ans à l’évolution de l’espérance de vie et si, en contrepartie, la droite renonçait à alourdir la prévoyance professionnelle par de nouvelles exigences en matière d’individualisation? Il serait certainement utile aussi de confier aux meilleurs experts des deux camps politiques la refonte du modèle suisse des trois piliers, avec l’objectif clair de se qualifier à nouveau, d’ici quatre ans au plus tard, pour les quarts de finale de la «Coupe du monde de la prévoyance». À l’instar des footballeurs suisses cet été et des pionniers de l’AVS et de la LPP il y a plus de 50 ans.
Coupe du monde de la prévoyance 2026: phase à élimination directe sans la Suisse!