Les caisses participantes y ont été interrogées pour la première fois afin de savoir si elles recourent à un conseiller en investissement et, le cas échéant, auquel. Dans son analyse, la ZKB constate que le marché se concentre sur un petit nombre de prestataires et que les institutions de prévoyance ne changent que rarement de conseiller (p. 12). Il n'y a pas grand-chose à redire à ces simples statistiques de marché.
La banque constate en outre que « la relation de longue date [devrait] marquer la stratégie de placement des caisses » (p. 12) et renvoie aux faibles écarts observés dans l'allocation moyenne des actifs. Elle en déduit la thèse d'une sorte d'effet lemming: à l'instar de ces rongeurs, la corporation des conseillers se contenterait de suivre aveuglément la masse. Et d'ajouter, non sans étonnement, qu'« aucune différence notable n'apparaît au niveau des rendements nets » (p. 12).
C'est ici qu'intervient l'erreur de base. Ces affirmations reposent en effet sur l'hypothèse erronée selon laquelle un conseiller en investissement influencerait individuellement la stratégie de placement et le rendement d'une caisse de pension. Si telle était réellement l'ambition, les conseillers n'auraient qu'à recommander des risques plus élevés en fonction de la forme du moment de la caisse. Sur des marchés des capitaux efficients, des rendements supérieurs pourraient alors être engrangés et le conseil serait – ainsi mesuré – couronné de succès. Or, l'analyse de la ZKB ne fait manifestement apparaître aucun comportement de ce type chez les spécialistes.
Les raisons en sont certainement multiples, deux facteurs ressortant toutefois particulièrement. D'une part, définir la stratégie de placement – et donc en peser les opportunités et les risques – fait partie des attributions intransmissibles et inaliénables de l'organe suprême. Un conseiller en investissement n'a donc pas à modifier de son propre chef la stratégie ou le rendement; il doit au contraire soutenir l'organe suprême précisément dans cette tâche. La voix externe ne préjugera guère d'une décision de placement; elle renforcera plutôt la gouvernance de la caisse par l'apport d'une perspective différente.
D'autre part, le lien entre allocation d'actifs, performance et frais de gestion mérite un examen minutieux. Les analyses détaillées de l'étude de la ZKB dressent certes de prime abord un tableau étonnant: les institutions de prévoyance qui recourent à un conseil externe présentent en moyenne une quote-part obligataire plus élevée et une part plus faible de placements alternatifs. Elles réalisent toutefois ainsi, comme l'étude le confirme également, une performance similaire – mais à des coûts nettement inférieurs. On peut en tirer, selon l'intention, deux maximes: soit une caisse de pension dont l'organe suprême se fait conseiller obtient le même rendement avec un risque et des coûts moindres; soit cette même caisse peut prendre des risques plus élevés et dégager ainsi un rendement potentiellement supplémentaire, mais à des coûts plus élevés. La ZKB proclame la seconde. Honi soit qui mal y pense.
Quand les lemmings ne courent pas à leur perte