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Ou pourquoi travailler à fond ne garantit pas une retraite confortable

La vie ne suit pas toujours les projets que nous élaborons. La plupart du temps, les choses se passent différemment de ce que l'on imagine. L'exemple d'« Emil » illustre parfaitement à quel point un parcours professionnel peut être atypique.

17.06.2026
Temps de lecture: 4 min

Il n'y a pas si longtemps, le film « Typique Emil » consacré au cabarettiste suisse culte Emil Steinberger est sorti en salles. Bien que le mot «Typique» figure en bonne place dans le titre du film, la biographie du protagoniste est avant tout une chose : atypique. Spectacles sur scène, tournée de cirque, direction de théâtre et de cinéma, agence de graphisme et mise en scène, séjour à New York et publications littéraires : rien de tout cela ne s’enchaîne de manière ordonnée, mais tout est en constante évolution et interaction. La carrière professionnelle de Steigenberger devrait donner matière à réflexion aux pionniers du deuxième pilier, même dans leur tombe. Vraiment ? Vraiment.

Tout ce qui n'est pas typique est atypique

Car le quotidien typique, c’est plutôt ça : se lever, le petit-déjeuner, les bouchons ou le foin, la collation au travail, le dîner, le goûter, les bouchons ou le foin, le souper, extinction des feux, se lever et recommencer. Ce qui est donc aussi typique : un employeur, une caisse de pension, un seuil d’entrée, une déduction de coordination, une cotisation d’épargne, une cotisation de risque – et à la fin de la vie active, une rente.

Tout ce qui n’est pas typique est atypique. Par exemple : se lever, goûter, embouteillage ou temps libre, dîner au travail, petit-déjeuner au travail, embouteillage ou temps libre, éteindre la lumière, se lever et recommencer. Une vie professionnelle décalée, en quelque sorte, qui, même avec des primes de travail posté et un salaire horaire, repose en fin de compte sur un employeur, une caisse de pension, un seuil d’entrée, une déduction de coordination, une cotisation d’épargne, une cotisation de risque et enfin une rente.

Le comparatif – atypique – pourrait alors se présenter ainsi : se lever, le petit-déjeuner, les bouchons ou le foin, collation au travail, déjeuner dans les embouteillages ou à la ferme, goûter dans un autre magasin, embouteillages ou à la ferme, dîner, extinction des feux, se lever et recommencer. Dans une telle vie professionnelle au comparatif, deux employeurs sont donc impliqués et, par conséquent, généralement deux caisses de pension. Comme il faut franchir le seuil d’affiliation auprès des deux caisses et tenir compte de la déduction de coordination, cela signifie trop souvent, à la fin de la vie active, qu’aucune rente n’est versée par les deux caisses de pension. Quiconque travaille au comparatif, c’est-à-dire pour plusieurs employeurs, peut exiger que tous ses rapports de travail soient regroupés auprès de la Fondation institution supplétive. Ce qu’il faut savoir et imposer à ses employeurs – raison pour laquelle cela est rarement fait.

Il n'y a pas de mode d'emploi pour la vie

Le cas extrême – le plus atypique – pourrait alors ressembler à ceci : lever, petit-déjeuner, appel avec le client A, collation, élaboration d’un concept pour le client B, déjeuner dans les embouteillages ou dans la paille, présentation chez le client C, goûter dans les embouteillages ou dans la paille, réunion de projet en ligne pour le client A, dîner, extinction des feux – et le lendemain matin, tout recommence différemment. Une vie professionnelle au superlatif, en tant que freelance par exemple, comprend un nombre illimité de clients, pour des durées variables et dans des configurations changeantes. Parfois, les clients prennent en compte ces travailleurs au superlatif dans leur caisse de pension, parfois des solutions existent par exemple via une association professionnelle. Mais le plus souvent, à la fin d’une vie professionnelle au superlatif, le constat est le suivant : aucune rente provenant d’aucune caisse de pension.

Les relations de travail atypiques s’écartent des descriptions de poste et des emplois courants et ne fournissent pas de consignes explicites. On peut Ă©galement lire Ă  propos du film « Typique    Emil » que Steinberger a Ă©tĂ© laissĂ© libre d’agir devant la camĂ©ra sans instructions explicites de la part du rĂ©alisateur, ce qui a permis de dresser le portrait du cabarettiste loin des rĂ´les et des attentes du public. Les travailleurs atypiques auraient donc sans doute tout intĂ©rĂŞt Ă  prendre exemple sur Steinberger, en se rĂ©inventant sans cesse, mĂŞme Ă  plus de 90 ans, et en menant leur vie (professionnelle) avec beaucoup d’espièglerie et d’humour.