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Attention à la double gifle!

Si la « fête de l’IA » se poursuit encore sur les marchés boursiers, il en va autrement pour les obligations : l’ampleur de l’endettement des merveilleux « hyperscalers » sur le marché obligataire est colossale. Les caisses de pensions suisses devraient donc veiller à ne pas prêter davantage d’argent à ces entreprises surendettées.

07.10.2026
Temps de lecture: 4 min

Nous sommes habitués à ce que tout soit un peu plus grand aux États-Unis que chez nous, dans notre petite Suisse. Le fait que sept des plus grandes entreprises mondiales y soient implantées – les dé­nommées « Magnificent 7 » – n’est pas non plus une nouveauté. J’ai déjà évoqué ici leur domination dans les indices bour­siers courants.

Aux « Magnificent 7 » s’ajoute désormais la notion d’« hyperscalers ». Elle désigne les entreprises qui exploitent d’énormes infrastructures de cloud computing, pou­vant être étendues de manière massive et automatisée en fonction des besoins. Une partie des « Magnificent 7 » fait éga­lement partie des « hyperscalers ». L’am­pleur et la manière dont certaines de ces « magnificent hyperscalers » s’endettent sur le marché obligataire prennent des proportions tout aussi colossales que les centres de données construits un peu partout.

Les caisses de pensions suisses sont di­rectement touchées par l’énorme endet­tement de ces entreprises. Afin de rester dans la course à la suprématie dans le domaine de l’intelligence artificielle, des entreprises telles qu’Amazon, Microsoft, Google et OpenAI investissent des sommes astronomiques dans des centres de données aux dimensions gigantesques. Comme elles ne peuvent plus financer ces investissements à partir de leurs revenus courants ou de leurs fonds propres, elles s’endettent sur le marché des capitaux. La structure des taux d’intérêt en Europe, et plus particulièrement en Suisse, est ac­tuellement très favorable aux emprun­teurs américains. De plus, notre continent compte de nombreux investisseurs puis­sants, tels que les caisses de pensions suisses. Il n’est donc pas étonnant que les géants de la tech émettent également leurs obligations sur le marché local. L’émission d’Alphabet (Google) de 3 mil­liards de francs a été la plus importante obligation d’entreprise étrangère jamais émise en Suisse. Alphabet et Amazon comptent désormais parmi les principaux débiteurs sur le marché obligataire en francs suisses.

Interdisez à vos gestionnaires de fortune d’investir dans les obligations des géants de la tech, même si cela implique de renoncer à quelques points de base de rendement.

Nvidia, le fabricant de puces électro­niques qui est actuellement l’entreprise la mieux valorisée au monde, se porte ga­rant de contrats de location à long terme de centres de données conclus par des entreprises spécialisées dans l’IA. En contrepartie, ces entreprises s’engagent à acheter leurs puces auprès de Nvidia. Se­lon le «Wall Street Journal », Nvidia au­rait accordé à elle seule à OpenAI une garantie de 105 milliards de dollars pour un contrat de location d’un centre de don­nées en construction dans l’Ohio. Les mé­dias font état de nombreuses garanties réciproques de ce type. Ce qui est préoc­cupant, c’est que ces garanties n’appa­raissent pas directement au bilan, mais sont mentionnées comme des passifs éventuels. On peut douter que toutes ces interdépendances soient rendues trans­parentes et puissent être analysées au regard de leur risque.

Grâce à leurs flux de trésorerie élevés, les géants de la tech bénéficient encore ac­tuellement de bonnes notations. Leurs obligations figurent donc dans tous les indices obligataires courants. Et il y a de fortes chances que les géants de la tech ne représentent pas seulement une part importante de l’actif actions de vos caisses de pensions, mais que vous y soyez également investis dans le cadre des obligations d’entreprises améri­caines, européennes et libellées en CHF.

Pour l’instant, l’avenir de l’IA semble en­core radieux, les possibilitĂ©s dans le « pays des possibilitĂ©s illimitĂ©es » sont sans bornes, mais des signaux d’alerte apparaissent de plus en plus nombreux au bord de la route menant vers l’avenir de l’IA. L’IA rĂ©volutionne sans aucun doute notre monde. Comme lors des ré­volutions Ă©conomiques passĂ©es, il y aura toutefois un tournant qui sĂ©parera les modèles Ă©conomiques viables de ceux qui produisent plus de vent que de pro­duits ou de services rentables. 

En tant qu’investisseur passif convaincu, je conseille aux caisses de pensions suisses de ne pas quitter la fête de l’IA, mais plutôt de continuer à tirer profit de la révolution technique en cours grâce à leurs positions importantes en actions. En revanche, en matière d’obligations, l’investissement passif est une approche moins recommandable. Vous ne souhai­tez en effet pas nécessairement prêter le plus d’argent à l’entreprise la plus endet­tée du marché. Interdisez à vos gestion­naires de fortune d’investir dans les obli­gations des géants de la tech, renoncez éventuellement à quelques points de base de rendement et détériorez peut-être même très légèrement la notation moyenne de votre portefeuille obliga­taire. Vous éviterez ainsi la double gifle que vous risqueriez d’encaisser en cas de rupture dans le développement de l’IA. Une seule gifle suffira. Si vous devez es­suyer une perte importante sur vos ac­tions, vous ne voulez pas subir en même temps des pertes importantes sur vos obligations.