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Le mythe de la baisse des nouvelles rentes issues de la LPP

Si l'on en croit les informations relayées par les médias concernant l'évolution des nouvelles rentes issues de la LPP, le niveau des prestations du 2e pilier serait en train de s'effondrer. On se réfère généralement aux statistiques sur les nouvelles rentes de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Même si celles-ci permettent de tirer des conclusions intéressantes, la prudence s’impose lorsqu’on examine l’évolution des nouvelles rentes, ne serait-ce que pour des raisons méthodologiques.

07.10.2026
Temps de lecture: 4 min

Commençons par la partie incontestable des chiffres fournis par l'OFS: en 2024, la médiane des nouvelles rentes de vieillesse issues de la prévoyance professionnelle s'élevait à 1643 francs par mois. Ce chiffre prend en compte toutes les nouvelles rentes, indépendamment du sexe et de l'âge de la personne qui commence à percevoir la rente. En 2015, lorsque cette statistique a été établie pour la première fois, la médiane s'élevait encore à 1794 francs. Si l'on tient compte en outre de l'inflation des neuf dernières années, cela correspond à une baisse d'environ 15%.

On peut en tirer – avec un fort potentiel médiatique – un article sur la baisse des rentes et, de manière générale, sur la diminution des prestations issues de la prévoyance professionnelle. Après tout, tout le monde sait que les caisses de pensions ont réduit leurs taux de conversion. On oublie délibérément que, pendant la même période, l'espérance de vie a augmenté de plus d'un an – ce qui, extrapolé à la durée moyenne de perception de la rente, correspond à une hausse d'environ 15%. 

Un examen des détails méthodologiques des statistiques sur les nouvelles rentes montre que cette conclusion repose sur des bases fragiles pour au moins trois autres raisons: premièrement, fidèle à son nom, l'enquête recense strictement toutes les nouvelles prestations versées au titre du 2e pilier. À juste titre, elle parle donc du «nombre de prestations», et non du nombre de personnes. Elle ne peut donc pas, ne serait-ce que pour des raisons méthodologiques, indiquer si une personne ayant perçu, par exemple, une nouvelle rente de vieillesse en 2024 n'avait pas déjà perçu, les années précédentes – par exemple dans le cadre d'un plan de cadres ou d'une retraite partielle –, une rente ou un versement en capital. Or, cela serait nécessaire pour évaluer le niveau des prestations.

À propos de la perception d'un capital: il s'agit là de la deuxième limite méthodologique. La même statistique montre une nette augmentation des perceptions de capital ces dernières années. Si une personne assurée perçoit une partie de son avoir de prévoyance sous forme de capital, il est tout à fait logique que la rente financée par le solde soit moins élevée. Certes, il existe aussi une statistique des nouvelles rentes limitée aux seules personnes ayant effectivement perçu une rente – mais ce détour ne fonctionne pas non plus. Si les ménages qui percevaient auparavant une rente sont désormais absents des statistiques, la composition du groupe s'en trouve modifiée. Il n'est donc pas possible d'en tirer une conclusion fiable.

Troisièmement, la composition du groupe évolue même sans passer par les retraits de capital. Prenons l'exemple suivant: parmi les ménages ayant pris leur retraite il y a neuf ans, la proportion de cas où c'était principalement l'homme qui disposait d'une assurance LPP est probablement plus élevée qu'aujourd'hui. Il s'agit bien sûr d'un progrès sur le plan social. Mais cela signifie à l'inverse que les nouvelles rentes de vieillesse versées aujourd'hui, par exemple à des mères actives, reflètent davantage des emplois à temps partiel ou des interruptions de carrière. C'est là une raison supplémentaire expliquant la baisse des rentes moyennes, sans pour autant que la capacité de prestation de la prévoyance professionnelle en pâtisse.

Au final, ces arguments ne signifient pas pour autant que les résultats issus des statistiques sur les nouvelles rentes soient erronés ou inutilisables, bien au contraire. Il apparaît plutôt clairement qu'il ne faut pas tirer de conclusions sur le niveau général des prestations à partir de la baisse de la rente médiane sans tenir compte de tous les effets induits. En effet, il n'existe pas de statistique intégrant tous ces effets – et les chiffres spécifiques à chaque caisse ne sont pas transposables à d'autres institutions de prévoyance. Seule issue: se tourner vers des données modélisées. À cet effet, l'étude sur les caisses de pensions de Swisscanto examine depuis des années l'objectif de prestation modélisé pour un salaire de 80000 francs. Cette approche présente elle aussi des faiblesses méthodologiques. Les résultats montrent toutefois que, depuis des années, le taux de remplacement issu des 1er et 2e piliers se situe autour de 70%. C'est au moins un point de départ.