Nous vivons comme dans un rêve l’un des plus beaux étés depuis longtemps. Les journées sont longues, les soirées chaudes, le soleil nous comble de vitamine D et de bonne humeur. Nous vivons un conte d’été insouciant, et la question chantée avec entrain par Rudi Carrell « Wann wird's mal wieder richtig Sommer? » est, du moins cette année, purement rhétorique. Si cela vous contrarie, c’est que vous êtes probablement agricultrice, pyrotechnicienne ou déjà d’un âge bien avancé.
En revanche, ceux dont la caisse de retraite verse régulièrement une rente sur leur compte n’auront ni soif ni faim à un âge avancé. En tant qu’assurance sociale, elle veille à ce que nous restions à flot financièrement, même si nous appartenons depuis longtemps à cette tranche d’âge qui risque de se déshydrater rapidement en cas de forte chaleur. Vraiment ? Vraiment.
Le fait que la caisse de pensions soit une assurance sociale semble toutefois trop souvent s’évaporer, tant dans les débats houleux sur la réforme que dans la vie quotidienne. Nous parlons d’avoirs, de rémunération et de stratégies d’investissement – c’est-à -dire de termes qui, à première vue, évoquent davantage la banque que la solidarité. Pas étonnant que l’on ait parfois l’impression que le 2e pilier soit avant tout un compte d’épargne individuel bénéficiant d’avantages fiscaux. Pourtant, il remplit une mission classique de politique sociale : il garantit un revenu lorsque le salaire vient à manquer. Et il le fait non seulement à la retraite et lorsque tout va pour le mieux, mais surtout lorsque des nuages assombrissent le ciel.
Une personne qui devient invalide perçoit une rente. Si une personne assurée décède, ses proches sont couverts. Ceux qui ne peuvent plus travailler pour des raisons de santé bénéficient du fait que les risques sont supportés collectivement. C’est précisément ce qui distingue une assurance sociale d’un compte d’épargne ordinaire. Dans ce dernier, chacun récupère ce qu’il a épargné – ni plus, ni moins. Dans la prévoyance professionnelle, en revanche, épargne et couverture d’assurance se confondent. Une partie des revenus ne sert pas seulement à faire fructifier son propre capital de retraite, mais finance également des prestations pour ceux dont l’avenir a été bouleversé par les aléas de la vie.
La prévoyance professionnelle est plus qu’un simple pécule bénéficiant d’avantages fiscaux. Elle fait partie de notre filet de sécurité sociale – un filet qui nous soutient lorsque notre ciel personnel s’assombrit.
Le principe de solidarité n’a ici rien de romantique ni de caritatif, mais relève d’une mathématique actuarielle pure et simple. Beaucoup assument ensemble un risque relativement faible afin que, en cas de coup dur, quelques-uns ne se retrouvent pas au bord du gouffre financier. C’est précisément sur ce principe que repose toute assurance sociale. Comme la maladie, l’accident ou le décès, contrairement à la météo, ne sont pas prévisibles, leurs conséquences financières sont amorties collectivement.
C’est peut-être précisément ce qui explique pourquoi la prévoyance professionnelle est si souvent mal comprise. Il est facile de parler de sa fonction d’épargne, car elle est visible. Le capital de prévoyance figure sur le relevé, la rémunération peut être comparée, la rente projetée augmente ou diminue. La couverture d’assurance, en revanche, reste largement invisible – jusqu’au moment où elle devient soudainement vitale. Ce qui nous protège lorsque tout va bien, nous le considérons volontiers comme allant de soi. Or, c’est précisément cette prétendue évidence qui constitue le véritable cœur du 2e pilier.
Il vaut donc la peine, même en période d’allongement de l’espérance de vie et de débats incessants sur les réformes, de ne pas considérer le deuxième pilier exclusivement sous l’angle du rendement. Bien sûr, des placements solides sont importants. Bien sûr, les cotisations doivent être gérées efficacement. Et bien sûr, il faut discuter de la manière dont ce système peut rester viable financièrement à long terme. Mais la prévoyance professionnelle est plus qu’un simple pécule bénéficiant d’avantages fiscaux. Elle fait partie de notre filet de sécurité sociale – un filet qui nous soutient lorsque notre ciel personnel s’assombrit.
C’est peut-être là le véritable parallèle avec l’été. Quand le soleil brille, la prévoyance professionnelle ne nous préoccupe guère. Ce n’est que lorsqu’il commence à pleuvoir que nous recherchons son parapluie protecteur. Et c’est ainsi que l’on reconnaît une bonne prévoyance : non pas à sa capacité à briller au soleil, mais à son utilité lorsque la tempête s’abat sur notre vie.
Ou pourquoi, grâce à la prévoyance professionnelle, tout n’est que bonheur